~ La baie des naufragés ~


Le hollandais volant


" Les marins de toutes les nations croient à l'existence d'un bâtiment hollandais dont l'équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu'à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage."

Dictionnaire infernal (1844).



Les oreilles de la mer


Annette ne manquait jamais de s’arrêter devant les vitrines des marchands de corail, où, parmi les nombreux colliers de perles rouges, roses et blanches, parmi les breloques, les médaillons, les épingles et les belles branches de corail déposées dans les coupes de verre comme des fleurs bizarres, se trouvaient toujours, pour compléter le décor, trois ou quatre de ces grands coquillages, conques merveilleuses ressemblant à des oreilles de chair rose. Le papa d’Annette croyait qu’elle admirait quelque beau collier qui la tentait, et, comme il n’était pas riche, il restait à côté d’elle, sans rien dire, car il savait que le collier blanc, monté en or, qu’il eût aimé offrir à son Annette, avait une trop grande valeur pour qu’il y pût songer.

Or, un jour, la fillette le questionna :

« Est-il vrai, papa, que ces belles coquilles sont les oreilles de la mer ? »

Le père réfléchit un moment. Il y a quelquefois des questions auxquelles les papas eux-mêmes ne savent trop que répondre.

« Les flots parlent, reprit Annette. Donc ils ont une bouche. N’as-tu jamais entendu leur ramage ?

- Pour cela, oui ! » répondit le père avec conviction.

Il était marin et connaissait bien des choses. Que de fois, sur sa barque solitaire, errant au hasard entre le ciel et la mer, avait-il écouté l’eau qui jasait autour de lui ? Il avait même causé avec elle, car le balancement de la mer semblait lui apporter les baiser de sa petite fille chérie. Et lui, il confiait de ses nouvelles aux vagues, parce que, avant de se briser, elles s’en allaient jusqu’à Naples, où, quelqu’un des siens, passant là et entendant le flot battre la jetée, reconnaîtrait peut-être le salut de l’absent… Et puis, allez donc dire aux marins que l’eau ne parle pas !

« Donc, continua Annette, poursuivant son idée, s’ils ont une bouche pour parler et pour m’embrasser les pieds quand je marche sur la plage, ils doivent aussi avoir des oreilles pour entendre ? Que t’en semble ?

- Il me semble que oui, dit le père. Et alors ?

- Alors…, rien ! » soupira Annette, qui, pendant la fin de la promenade, ne questionna plus son père.

Celui-ci avait enfin compris que sa fillette ne s’arrêtait pas devant les vitrines des marchands de coraux pour contempler un de ces colliers qu’il désirait tant lui attacher autour du cou ! Un jour, il lui demanda si elle pensait encore aux oreilles de lamer.

« Toujours, répondit Annette, très sérieusement.

- Mais pourquoi ? »

Le père tiraillait ses longues moustaches, cherchant à deviner.

« Parce que, dit Annette, quand tu seras en mer, si j’avais quelque petite chose à te dire, j’approcherais ma bouche de l’oreille de la mer, comme je l’approche de tes oreilles à toi, et je lui dirais cette petite chose. La mer, ensuite, penserait à te la communiquer. »

Le père d’Annette n’était pas marin pour rien. Cette idée fut de son goût ; il la trouva si belle même, qu’il commença à faire des économies.

« Tu ne fumes plus ? demanda un jour, toute surprise, la maman d’Annette.

- J’en ai perdu le goût, répondit-il avec désinvolture. Cela me faisait mal à l’estomac.

- Tu plaisantes ! dit la maman. Tu as toujours eu un estomac d’autruche, capable de digérer des pierres !

- Cela tient peut-être, bredouilla le père, à ce que je prends trop peu d’exercice. Dorénavant, je ne monterai plus en tramway. »

Grâce à ces petites économies habilement masquées, les oreilles de la mer devenaient abordables. Il semblait à ce « papa gâteau », que l’un des coquillages venait à lui par un chemin toujours plus proche en lui disant :

« Viens, approche encore un peu ! Là, me voilà juste à point…, prends moi. »

Bref, il l’acheta. Deux jours après, papa partait sur la Sainte-Anne, la belle goélette de pêche du patron Carmine.

Avant de partir, il avait donné ses instructions à Annette :

« Tous les matins tu me diras bonjour, et tous les soirs, avant de te coucher, tu m’enverras un baiser. »

L’oreille de la mer fut placée sur la commode de la maman, juste devant la statuette de Sainte-Anne, et la chaise d’Annette était toujours posée devant la commode ! Le bonjour du maint et le baiser du soir furent fidèlement donnés, ainsi qu’il en était convenu, et, de plus, il y avait tant de choses à raconter au père en voyage, la journée était si pleine d’évènements !

Cette oreille de mer devint un membre de la famille, disons plus, le membre le plus précieux. Ne représentait-elle pas l’absent ?... Si la chèvre avait abîme le tricot de la grand’mère, en tirant sur son peloton, papa était le premier à en être informé ; si Annette avait eu pour sa calligraphie dix points accompagnés d’éloges, c’était encore au père qu’elle se hâtait de l’apprendre ; s’il y avait eu des fraises au dîner, Annette lui contait leur saveur. Et puis, elle lui apprenait tant d’importantes nouvelles : « Il pleut… Je vais me coucher… Je mets ma robe à carreaux rouges et bleus, etc… »

Quand il était l’heure de la promenade, Annette disait :

« Maintenant, allons chercher les réponses. »

Il y en avait toujours. La mer, bonne ou mauvaise, n’est jamais au repos. Quand elle clapotait silencieusement autour des barques remuant à peine, Annette entendait son papa qui lui disait :

« Sois sage, ne te penche pas par la fenêtre, donne un baiser à ta maman et à ta grand’mère, dis à tous que je vais bien… »

Quand la mer secouait les barques, gaiement, à la belle lumière du soleil, avec une certaine odeur d’algues qui met en belle humeur, Annette entendait son père éclater de rire :

« La chèvre, eh ! Je l’ai su. Cette Nérotte est une brigande ! Le tricot de la grand’mère ! Tu as dû bien te divertir !... »

Et la petite Annette entendait tant d’autres choses !

Dans les journées de tempête, Annette ne pouvait pas entendre se briser contre la jetée la grande rumeur de la marée sans trembler ! Elles restaient à la maison, la grand’mère, la maman et elle, pâles d’effroi, récitant la prière des marins !

Le tendre papa avait un peu oublié la coquille. Il pensait tant à Annette qui devait le plaindre, et il était aussi tellement occupé ! Ce n’est pas une vie de fainéant que l’on mène à bord ! On travaille jour et nuit, sans interruption. Il ne reste, - quand il en reste, - que le temps indispensable pour s’appuyer le soir sur le pont et regarder le sillage du bateau qui navigue vers la douce terre où on a laissé les siens… Un soir même, la mer était si grosse et le ciel si chargé, que le patron Carmine dit :

« Mes enfants, ce n’est pas le moment de plaisanter ; vite aux voiles. Préparons-nous ; c’est vers trois heures que commencera la danse ! »

Il parlait sur un certain ton, avec une certaine ride au milieu du front, qui fit que tous les hommes le comprirent instantanément. Personne ne connaissait les tempêtes mieux que ce vieux loup de mer. Figurons-nous si, à ce moment-là, le père d’Annette eut le temps de penser à autre chose qu’à toutes les espèces de voiles, grandes ou petites, hautes et basses, triangulaires ou quadrangulaires qui sont sur une goélette et qui s’appellent de vingt noms différents. Justement, le papa d’Annette était gabier.

Le patron Carmine n’avait pas pensé que la bourrasque éclaterait aussi imprévue et terrible. La mer se couvrit, en un instant, de crêtes blanches qui augmentaient, augmentaient, s’élevant comme des montagnes. Le ciel, après avoir été obscur, devint jaune, puis vert. Des rafales formidables envahirent la Sainte-Anne en la renversant sur les flots. On entendait les sourds éclatements du bois qui se brisait, et il semblait que les mâts dussent se rompre à chaque coup de mer : les voiles étaient secouées d’une telle violence, que les robustes gabiers ne pouvaient réussir à les replier.

Les ordres, les cris et les avertissements se croisaient dans le vacarme de la mer et du vent. L’obscurité devenait de plus en plus profonde ; la Sainte-Anne plongeait dans les ténèbres. Un grand nuage de sable l’avait régulièrement recouverte. Au milieu du bruit, on entendit une voix crier :

« Un homme à la mer ! »

Et la Sainte-Anne bouleversée, courait, courait, jouet du destin !

L’homme tombé dans la mer était le père d’Annette ; tout d’abord il fut pris dans un tourbillon, et il se crut à sa dernière heure.

Mais – comme il arrive souvent – la nuée de sable continuant sa route laissa l’air éclairci. Le gabier reprit courage, se coucha sur le flot, et jeta un cri qui fut entendu. Un autre cri lui répondit : « Un homme à la mer ! »

Les compagnons savaient donc qu’il vivait, et ils feraient certainement tout pour revenir sur leurs pas et le recueillir. Pendant un moment, le père d’Annette nagea vigoureusement dans la direction de la Sainte-Anne ; puis, ne voyant plus ni mât, ni voile à l’horizon, il chercha à épargner ses forces, et il se laissa porter au gré des flots. Combien d’heures se passèrent-elles ainsi ? Le père d’Annette ne les compta pas ; il sut seulement qu’elles durèrent une éternité. La venue de la nuit l’avait découragé. Ses compagnons ne revenaient pas ; il était certainement survenu quelque malheur : si la Sainte-Anne n’était pas en péril de naufrage, elle devait, pour le moins, se trouver dans l’impossibilité de se diriger ! Il était donc perdu !

Les heures s’écoulèrent noires, lentes, sinistres. La mer, devenue tranquille, berçait le pauvre naufragé. Qu’importe, à présent, que les flots furieux ne ballottent plus, comme une épave, un homme à bout de forces ? Abandonné de tous, il ne peut plus espérer son salut que d’un miracle. Ainsi pensait le pauvre papa d’Annette. Le froid l’avait vaincu, ses membres se recroquevillaient, ses bras ne pouvaient plus se mouvoir. Par moments, il avait le désir de fermer les yeux et de se laisser couler au fond. Mais, tout à coup, il pensait aux siens, à Annette, et le désir de revoir sa petite lui donnait encore une lueur de courage ;  il essayait de nager. Il y avait tant d’heures qu’il attendait, et il se sentait si fatigué, si fatigué ! Un instant, il ferma les yeux, il ne vit plus rien, il ne pensa plus à personne. … Ce soir-là, Annette avait causé plus que de coutume avec son père si lointain. Elle lui avait dit tant de chose dans le creux du coquillage ! Elle lui avait raconté toute sa journée, et, pour finir, elle lui avait envoyé trois baisers, dont un de la part de sa maman ; puis, elle était allée se coucher. Mais le sommeil n’avait pas voulu venir. Elle entendait sa mère travailler à la machine dans la chambre à côté. Elle pensait que ce serait si beau si son papa et sa maman étaient toujours ensemble, oui, oui, toute la vie, avec Annette. Au lieu de cela, le pauvre papa était sur la mer !... Annette descendit de son petit lit, marcha sur la pointe des pieds déchaussés, jusqu’à la commode, et là, mettant sa bouche tout près de l’oreille de lamer, elle murmura tout bas, tout bas, pour que sa maman n’entendit pas : « Petit papa, mon petit papa, reviens vite, vite ! oh ! oui, reviens vite, parce que nous sommes trop seules, maman et moi, reviens, reviens, reviens ! » parce que nous sommes trop seules, maman et moi, reviens, reviens, reviens ! » Contente, elle se faufila dans ses couvertures et dormit jusqu’à l’aube. Le message d’Annette mit un peu de temps à arriver ! D’abord, parce que le père était très loin, puis parce que l’Océan lui-même ne fait que ce qu’il peut. Les paroles roulèrent, roulèrent sur la crête des vagues et arrivèrent à l’aube portées par le léger mouvement de la marée. La mer triste, muette, entourait un corps d’homme qui s’abandonnait ; elle commença à murmurer, à chuchoter une chose, une chose… Quelle chose, disait-elle ? « Reviens, reviens, nous sommes seules, reviens, reviens, reviens !... L’homme entendit ; il rouvrit les yeux. Il fallait encore lutter ! Les oreilles de la mer avaient entendu les douces paroles d’Annette, et la mer priait pour elle, avec la petite voix de l’enfant, avec son gémissement si semblable à celui de la marée. Courage ! le père d’Annette fit un dernier effort, se souleva sur l’eau et regarda au loin : oh ! joie ! la Sainte-Anne était à l’horizon ! Portée par le vent, elle accourait , toutes voiles déployées. Cette histoire m’a été racontée par le père d’Annette. La petite riait, les yeux un peu humides, et moi, dois-je vous le dire ? moi… je pleurais !


Traduit des contes italiens de Téresah par Mme Mathilde P. CREMIEUX




Le lutin Nicole


" Il n'était plus possible de pêcher en sécurité .

Nicole traversait ou brouillait les filets; quelquefois il les tirait si fortement qu'il les aurait enlevés, et force était de les amarrer au banc de la chaloupe, en attendant qu'il plût à Nicole de porter sur quelque autre objet son humeur batifolante.


Souvent il sautait au milieu des petits poissons que le filet ramassait, et faisait des trouées dans les mailles.

Il s'amusait aussi à soulever les ancres des bateaux à huîtres, pendant que les matelots étaient dans des embarcations légères à draguer sur les bancs; ils n'avaient que le temps d'accourir pour rattraper le bateau en dérive. Souvent aussi Nicole s'en prenait à la drague et l'embrouillait dans le filet.


" A Saint- Cast, Nicole a conduit l'un après l'autre, du port dans la rad, quatre à cinq bateaux dont les maîtres étaient absents.

Quand les embarcations étaient trop fortes pour qu'il pût les entraîner, il saisissait le câble de la bouée et l'entortillait dans le câble de l'ancre.


" Il paraît qu'on l'avait surnommé Nicole, du nom d'un officier qui, pendant la guerre, commandait une péniche armée, et s'était montré envers les pêcheurs d'une grande sévérité.

Les marins, un peu rancuneux, disaient plaisamment que c'était Nicole, devenu poisson, qui s'amusait encore à les venir tourmenter.


" On n'a pu ni le prendre ni le tuer; cependant il ne s'effrayait pas facilement. On croit avoir reconnu que c'était un gros marsouin; mais il n'accostait point les autres et allait toujours seul .

Au bout de trois mois et demi, il disparut, sans qu'on l'ait jamais revu depuis ! "


Notice du Magasin Pittoresque de 1835




La barque de nuit


« Les pêcheurs et les autres habitants de la Gaule qui s ont en face de l'île de Bretagne sont chargés d'y passer les âmes, et pour cela exempts de tributs. Au milieu de la nuit, ils entendent frapper à leur porte. Ils se lèvent et trouvent sur le rivage des barques étrangères où ils ne voient personne, et qui pourtant semblent si chargées qu'elles paraissent sur le point de sombrer et s'élèvent d'un pouce à peine au-dessus des eaux. Une heure suffit pour ce trajet, quoique, avec leurs propres bateaux, ils puissent difficilement le faire dans l'espace d'une nuit. » Ce navire des morts n'a pas disparu de la tradition contemporaine, et de 1830 à nos jours, on le voit figurer dans plusieurs récits, recueillis sur divers points de la Bretagne. Selon un conteur, les apparitions du Bag Noz se déroulent comme ceci: « Près de Saint-Gildas, les pêcheurs de mauvaise vie, et qui se soucient peu du salut de leur âme sont réveillés la nuit par trois coups que frappe à leur porte une main invisible. Alors, ils se lèvent, poussés par une force surnaturelle. Ils se rendent au rivage, où ils trouvent de longs bateaux noirs qui semblent vides, et qui pourtant s'enfoncent dans la mer jusqu'au niveau de la vague. Dès qu'ils sont entrés, une grande voile blanche se hisse seule au haut du mât et la barque quitte le port, comme emportée par un courant rapide. On ajoute que ces bateaux chargés d'âmes maudites ne reparaissent plus au rivage, et que le pêcheur est condamné à errer avec elles à travers les océans jusqu'au Jugement. » D'après C. d'Amazeuil, ce bateau doit, jusqu'à la fin des temps, aller de plage en plage, d'île en île, à la recherche des corps des marins pour les ramener au hameau qui les a vu naître. La croyance au navire des morts se retrouve aussi, sous des formes variées, et pas toujours précises, dans plusieurs autres récits. Les Bolbiguéandets du Morbihan, qui sont des espèces de lutins, forcent des voyageurs à entrer dans une barque noire, où se pressent des fantômes. Quand elle est chargée, elle part avec la rapidité d'une flèche pour une île inconnue. Les âmes s'envolent, la barque repart, le conducteur tombe dans un sommeil profond, et le lendemain se retrouve endormi à terre. Sur les côtes du Finistère, la Barque des Morts, Lestr an Anaon, vogue la nuit, chargée à couler bas, et ses passagers, à qui les hèle, ne répondent que par des amen. On ne dit pas quelle est sa destination, ni par qui elle est conduite. À Audierne, on est mieux renseigné, au moins quant au capitaine d'un bateau qui s'y montre de temps en temps, il est rempli de lumières et l'on n'aperçoit personne à bord. D'autres fois, on entend seulement des bruits d'aviron, des commandements d'étarquer les voiles, mais on ne voit rien. C'est le Bag-Noz (bateau de nuit) qui fait, sur mer, l'office que le Carrik Ankou, le Chariot des morts, fait sur terre. Il est commandé par le premier mort de l'année. À l'île de Sein, l'homme de barre du Bag-Noz est le dernier noyé de l'année. Une femme, dont le mari avait disparu en mer sans que son corps eût été retrouvé, l'aperçut qui tenait la barre, un jour que le Bag-Noz passait tout près d'une des pointes de l'île. Ce bateau se montre quand quelque sinistre doit se produire aux environs, il apparaît sous une forme assez indécise à la tombée de la nuit et son équipage pousse des cris à fendre l'âme. Dès que l'on veut s'en approcher cependant, la vision disparaît. Un marin parvint cependant à le serrer, une nuit, d'assez près pour voir qu'il n'y avait personne à bord, que l'homme de barre, sitôt qu'il lui eut parlé, le bateau disparut. On croit dans le pays de Tréguier qu'il y a des barques qui portent les âmes des morts, et surtout celles des noyés, à des îles qu'on ne connaît pas, et que personne n'a jamais vues, mais qui n'en existent pas moins et qui se montreront à la fin du monde. Les soirs d'été, quand le vent se tait et que la mer est calme, on entend gémir les rames et l'on voit des ombres blanches voltiger autour des bateaux noirs. Si quelqu'un tente de suivre en mer les barques qui portent les âmes des morts, il est obligé de les accompagner jusqu'à la consommation des siècles. On raconte au port de la Claye que, jadis, on entendait un bruit de rames et de soupirs sur la rivière du Lay. Une barque mystérieuse remontait jusqu'à Morteville, puis redescendait vers la mer avec la marée. Les légendes bretonnes connaissent une sorte de navire-enfer, qui comme le Voltigeur hollandais, navigue sans repos et est monté par un équipage de damnés, composé de tous les « faillis » matelots, des coquins morts sous la garcette pour vol à bord, des lâches qui se sont cachés pendant les combats. À l'île d'Arz, à l'île aux Moines, et dans quelques autres localités du Morbihan, il est assez souvent parlé de vaisseaux de haut bord montés par des hommes et par des chiens de taille gigantesque. Ces hommes sont, paraît-il, des réprouvés dont la vie a été souillée par des crimes, les chiens sont des démons préposés à leur garde et qui leur font endurer mille tortures. Suivant des croyances constatées dans un assez grand nombre de pays, les âmes, une fois séparées du corps, ne peuvent franchir un cours d'eau, sans l'aide d'une barque ou d'un pont, c'est pour le salaire du batelier que même en France, à des époques récentes, on plaçait une pièce de monnaie dans la main du défunt. Presque chaque année, le jour des Morts, on voit apparaître au bout de la jetée de Dieppe un des navires qui ont péri depuis un an. On le reconnaît, ce sont ses voiles, ses cordages, sa mâture. Le gardien du phare lui jette la drome, l'équipage la saisit et l'attache à l'avant-pont, suivant l'usage. Alors le gardien de criée aux gens du port : « Accourez ! Veuves, voici vos maris; Orphelins, voici vos pères ! » Et les femmes accourent, suivies de leurs enfants; tous s'attellent à la drome et halent le bateau. Bientôt dans le bassin, près du quai, chacun reconnaît ceux qui sont à bord : « Bonjour, mon homme; bonjour, mon père; bonjour, Pierre, Nicolas, Grégoire ! » L'équipage ne répond pas. « Alors, amenez vos voiles ! » les voiles restent tendues. « Venez donc, que nous vous embrassions. » À ces mots on entend sonner la messe, et aussitôt les voiles, le bateau, l'équipage, tout disparaît; les femmes et les enfants des naufragés s'en vont à l'église en pleurant. « Payez vos dettes » murmure autour d'eux la foule des spectateurs. Une barque, montée aussi par des âmes en peine faute de prières, apparues à deux marins, dont le bateau, surprit par la marée, s"était échoué dans la rivière de Quimper. Ils s'étaient roulés dans leur voile et allaient s'endormir en attendant le retour du reflux, quand ils furent hélés à plusieurs reprises par une voix forte qui leur demandait, en les appelant par leur nom, d'aller chercher des gens embarrassés. À la fin, ils regardèrent dans la direction de la voix et virent que le fond de la baie venait de s'éclairer subitement d'une lumière qui semblait sortir des eaux. Dans cette lumière se profilait une barque où cinq hommes, pareillement vêtus de cirés blancs parsemés de larmes noires, se tenaient debout, les bras tendus. L'un des marins, pensant que c'étaient des âmes en détresse, leur cria qu'ils étaient échoués, mais était prêt à faire ce qu'ils pourraient pour eux. Alors, les cinq fantômes s'assirent chacun à leur banc et se mirent à ramer, mais comme ils ramaient tous du même côté, le bateau, au lieu d'avancer, virait sur place. Les deux marins, avec de l'eau à mi-jambe, se dirigèrent vers la barque blanche, mais quand ils furent tout proches, elle sombra soudain et la lumière de la baie disparut. À la place où étaient les quatre rameurs s'allumèrent quatre cierges, et le cinquième, celui qui tenait tout à l'heure le gouvernail, avait encore la tête et les épaules au-dessus de l'eau. L'un des matelots lui ayant demandé s'il était de Dieu ou du diable, l'homme lui répondit : « Nous sommes ici cinq âmes qui attendent le passage d'un homme de bonne volonté. » Comme le marin lui répondait qu'ils étaient disposés à faire ce qui était nécessaire pour les délivrer, il ajouta que pour cela, il fallait faire dire cinq messes mortuaires pendant cinq jours, au maître-autel de Plomelin, auxquelles devaient assister trente-trois personnes. Lorsqu'elles eurent été dites, les marins retournèrent à la baie où la lumière se montra de nouveau au-dessus des flots, et les cinq fantômes apparurent dans la barque, encore vêtus de leurs cirés blancs, mais les larmes en avaient disparu, ils avaient l'air heureux et une musique délicieuse se fit entendre pendant qu'ils remerciaient par trois fois les marins.

http://www.dark-stories.com/bateau_des_morts_bag_noz.htm





Le Kraken


Issu de légendes scandinaves du Moyen Âge, le Kraken (ou Craken) fait partie des nombreuses créatures marines existantes dans le Nord de l’Europe. C’est la hantise de tous les navigateurs, car le rencontrer peut engendrer de terribles conséquences...

Étant un poulpe gigantesque dont la taille est parfois décrite comme celle d’une île, le Kraken fait chavirer le navire avec une de ses tentacules et le disloque; quelques marins tombés du bateau sont aussitôt dévorés par le monstre.

Bien qu’approcher le Kraken soit terriblement dangereux, on dit que beaucoup de poissons l’accompagnent ; la pêche est donc excellente près de lui, encore ne faut-il pas qu’il attaque. Grand nombre de pêcheurs ont pris ce risque, mais peu d’entre-eux ont réussit dans cette entreprise. C’est un monstre est particulièrement violent et ne laisse jamais un navire près de lui sans réagir.


Malgré ses origines, on retrouve ce monstre dans la mythologie grecque dans l’histoire de Persée. Le Kraken est un monstre du dieu des océans Poséidon, à qui Andromède est donnée en sacrifice, sa mère s’étant dite plus belle que Héra. Persée sauva la jeune femme en pétrifiant le Kraken grâce à la tête de Méduse.


https://www.dol-celeb.com/creatures/kraken/




Poséidon


Il est le fils de Cronos le Titan et de Rhéa, la titanide.

Lors du partage du monde après la Titanomachie, avec ses frères Zeus et Hadès, Poséidon (ou Neptune chez les romains) choisit les océans. Il devint ainsi le dieu de la mer, de la navigation et des tempêtes.


Il vit dans les profondeurs de la mer Égée dans un palais d’or. Il aime traverser son domaine, tout vêtu d’or, à bord de son char tiré par de puissants chevaux aux sabots d’airain. Il tient dans sa main son symbole principal, le trident, qu’il reçut des cyclopes. Mais lorsqu’il sort de son palais, cela n’est jamais de bonne augure, car il provoque tempêtes et tornades sur sa route.

Le dieu marin est ambitieux et n’aura de cesse d’accroître son domaine sur la terre, mais il ne gagnera pas toujours.


L'attribut par excellence de Poséidon est son trident, mais on lui lie aussi le dauphin, le cheval et la taureau.


http://www.dictionnaire-mythologie.com/poseidon.html

https://www.dol-celeb.com/creatures/kraken/



La légende la ville d'Ys


Légende initiale Païenne :

Il n'existe aucune trace du mythe originel qui n'a sans doute d'ailleurs jamais existé. Ce n'est qu'en lisant entre les lignes de l'histoire chrétienne qu'on peut, peut-être, reconstruire, a posteriori, un mythe "ancien". Les celtes n'avaient pas de culture écrite. La version suivante est une invention contemporaine : "À l'origine, Gradlon vivait en Is avec sa fille Ahès, également appelée Dahut ou Dahud. Is était une ville immense et cosmopolite, où Gradlon faisait respecter le principe d'égalité. Les citoyens étaient très riches, tout comme la ville, et des gens et des cultes très diffèrents y étaient présents. Un jour les moines Corentin et Guénolé arrivent en Is. Ils veulent s'y établir et construire une église. Gradlon et Ahès refusent que l'église soit construite en ville mais acceptent qu'elle soit faite à l'extérieur (pour respecter les croyances de chacun, les lieux de culte ne peuvent être construits dans la ville). Les moines très compréhensifs acceptent. Au fur et à mesure du temps, ils deviennent proches du roi et sont heureux de vivre dans cet endroit merveilleux. Ahès, très liée à la Déesse de la terre (le nom Ahès aurait donné leur nom aux monts d'Arrée), lui rend souvent hommage en quittant le ville pour se promener dans les bois. Mais un jour des émissaires de l'Eglise catholique romaine arrivent, menaçant Gradlon d'attaquer la ville s'il n'y fait pas construire une église (l'église catholique s'étant alliée à Rome pour étendre et renforcer leurs pouvoirs mutuels). Tous sont choqués, et malgré-eux Guénolé et Corentin doivent quitter Is pour suivre les émissaires jusqu'à Rome, afin de s'entretenir avec le Pape de la future église. Les deux moines sont très réticents, car ils savent que cela détruira Is et son équilibre. À leur retour, ils sont dépités : ou Gradlon obéit, ou Is sera rasée par Rome. Ahès, révoltée, fuit la ville, se rend dans les monts d'Arrée et demande l'aide du dieu Cernunnos (on peut supposer que c'est lui à cause de sa description, l'église en a plus tard fait le diable en assimilant ses cornes de cerf à celles du diable). Cernunnos dit alors à Ahès de rentrer à Is, et que la nuit venue il sauvera la ville. Pendant la nuit la ville est submergée par les flots et s'enfonce au fond de la mer. Seuls restent Gradlon et les deux moines, qui étaient en-dehors de la ville. Attristé par la perte de sa ville et surtout de sa fille, Gradlon décide de quitter les lieux, et de ne rien reconstruire sur les lieux. Les compères se dirigent alors vers le sud et fondent Quimper, où Gradlon finira sa vie et où les deux moines construisent une église. Is, quant à elle, est toujours en vie sous les flots, les citoyens étant restés immortels. On raconte qu'un jour, celui qui verra la ville sous les eaux et s'y rendra permettra de lever la protection de Cernunnos, et que la ville resurgira, plus radieuse que jamais, et que ce jour les héros des Bretagnes reviendront tous de l'Autre Monde (le royaume celte des morts)."'


Dans la version de Charles Guyot de 1926. Dahut (Ahès) va demander de l'aide pour construire Ys aux 9 vierges de l'ïle de Sein. Que Dahut (Ahès) s'adresse à des divinités féminines semble plus juste dans un monde celte où l'idée d'une déesse-mère créatrice et protectrice est plus vraisemblable.

La légende s'est construite et se construit encore au gré des imaginations. C'est ce qui la rend si vivante. Cette élaboration progressive de l'histoire est très bien étudiée par Louis Ogès. Il montre comment chaque auteur se l'est approprié pour son propre compte au fil des siècles. Il montre aussi combien la "tradition populaire" est presque toujours invoquée pour donner du poids ou justifier des créations littéraires personnelles. Origine de la cité d'Ys : D'après une version de l'histoire, Dahut était passionnée par la mer et demanda à son père de lui bâtir une cité marine. Il fut fait selon son désir : la ville souhaitée fut construite sur le fond de la baie de Douarnenez et on l'appela "Ys". Dahut voulait quon y vive selon les coutumes de l'ancien temps. Elle voulait une ville sans église. Une autre variante rapporte que la Bretagne, s'enfonçant très lentement dans la mer, la ville d'Ys aurait été fondée plus de 2000 ans avant Gradlon, à un endroit qui se trouve au large de l'actuelle baie de Douarnenez. À l'époque, ce lieu était émergé jusqu'à ce que, au début du règne de Gradlon, la ville se trouvât sous le niveau de la mer à marée haute, suite à l'enfoncement progressif de la Bretagne.

En conséquence, une très haute digue fut élevée par les korrigans afin d'empêcher l'eau d'engloutir la ville. Seule une porte de bronze, permettait d'entrer ou de sortir de la ville. Dahud en confia la clef à son père, le roi.


 Chute de la cité d'Ys : Ys était florissante et heureuse. C'était la plus belle et la plus impressionnante ville du monde. Cependant, en dépit des sermons de Saint Guénolé, Ys devint la ville du péché( les pratiques cultuelles d'avant le catholicisme étant considérées comme "péchés") sous l'influence de Dahut (aussi appelée Ahès) qui y organisait des orgies ( comprendre: des fêtes non chrétiennes). Elle avait soi-disant l'habitude de faire tuer ses amants le matin venu (une broderie littéraire typique du XIXè siècle). Son comportement était tel que Dieu décida de la punir. Un jour, un chevalier vêtu de rouge arriva à Ys. Dahut lui demanda de se rendre auprès d'elle et, un soir, il accepta. La même nuit, une tempête éclata et on entendait les vagues frapper avec violence la porte de bronze et les murailles de la ville. Entendant ce vacarme, Dahut dit au chevalier : « Que la tempête rugisse, les portes de la ville sont solides et c'est le Roi Gradlon, mon père, qui en possède l'unique clef, attachée à son cou ». Ce à quoi le chevalier répondit : « Ton père le Roi dort, si tu me veux, tu dois maintenant t'emparer de cette clef. » Dahut reprit alors la clef à son père et la donna au chevalier, qui n'était autre que Satan. Dès qu'il fut en possession de la clé, le diable ouvrit la porte de la ville, la condamnant à disparaître. Une autre version de l'histoire prétend que ce fut Dahut elle-même qui accomplit ce geste. La porte ayant été ouverte en pleine tempête et à marée haute, une vague de la taille d'une montagne s'abattit sur Ys. Pour échapper au désastre, le roi Gradlon et sa fille montèrent sur Morvarc'h, le cheval magique. Mais Saint Guénolé accourut auprès d'eux et dit à Gradlon : « Repousse le démon assis derrière toi ! » Gradlon refusa et Guénolé précipita Dahud dans la mer (quelques variantes disent que Gradlon obéit et le fit lui-même. Etant donné l'amour de Gradlon pour sa fille, c'est peu vraisemblable). L'eau l'engloutie et elle devint Marie Morgane, une sirène. Une version précise que cette sirène avait une apparence parfaitement humaine et n'avait donc pas le corps chimérique que l'on attribue aujourd'hui aux sirènes. Gradlon se réfugia à Quimper, qui fut sa nouvelle capitale. Une statue équestre du roi fut faite et elle est toujours aujourd'hui entre les flèches de la cathédrale Saint Corentin à Quimper. On dit que les cloches des églises d'Ys peuvent encore être entendues en mer par temps calme. On dit aussi qu'après l'engloutissement, à l'emplacement de ce qui était devenu la nouvelle rive de la baie des Trépassés, naquit un nouveau village que l'on nomma Douarnenez, du breton Douar nevez, « nouvelle terre ». Cependant, l'étymologie la plus vraisemblable pour Douarnenez est Tutouarn-enez, « île de Tutouarn ». Une autre origine souvent avancée est Douar an Enez, « la terre de l'île », en référence à l'Île Tristan[3]. Quant à Douar Nevez, c'est le nom breton de Terre-Neuve. Une légende raconte que, lorsque Paris sera engloutie, la ville d'Ys resurgira des profondeurs : " Pa vo beuzet Paris, Ec'h adsavo Ker Is ".

Les Francs, cherchant un nouveau nom pour leur capitale, l'appelèrent Par-Is (Pareille à Is) pour montrer leur désir d'égaler voire de surpasser la splendeur d'Ys.

On dit aussi que la ville d'Ys était la plus belle capitale du monde et que Lutèce fut baptisée Paris car "Par Ys" en breton signifie "pareille a Ys". Deux proverbes populaires bretons en témoignent:


Abaoue ma beuzet Ker Is N'eus kavet den par da Baris Pa vo beuzet Paris Ec'h adsavo Ker Is

Depuis que fut noyée la ville d'Ys on n'en a point trouvé d'égale a Paris Quand Paris sera englouti Resurgira la ville d'Ys


En réalité Paris doit son nom à la tribu gauloise des Parisii, ces derniers ayant pour capitale Lutetia Parisiorum, qu'on nomme actuellement « Lutèce » et qui est l'ancêtre de Paris. Une autre interprétation possible est que la ville appelée Paris dans la légende ne désignait pas forcément dès l'origine la ville que nous connaissons aujourd'hui sous ce nom mais n'importe quelle ville pouvant être vue comme l'égale d'Ys. Dans ce cas Paris pourrait aussi désigner Quimper, Nantes, Rome, voire Rennes, Bruxelles, Berlin ou toute autre ville pouvant ou ayant pu être vue comme l'égale d'Ys.


http://francelegendes.doomby.com/pages/content/la-ville-d-ys.html





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